Les dérives du participatif : Journaliste citoyen ou paparazzi collaboratif ?
Avec l’avènement des nouvelles technos, nous sommes pratiquement tous munis d’un appareil pouvant prendre des photos ou des vidéos. Que ce soit avec un APN ou une caméra mais aussi facilement avec un téléphone portable à disposition 24h/24. Cet armement fait de nous des « journalistes citoyens » ou bien des paparazzis potentiels. Alors de quel côté êtes-vous ?
Voyeurisme citoyen
Réjouissez-vous ! Si vous êtes voyeur et vénal, la chance est de votre côté. Vous êtes fait pour être un photographe amateur à la solde des magazines People.
« Gardez l’œil ouvert et l’appareil photo ou la caméra sous la main pour photographier les célébrités du moment, ou la star qui fait l’actu et gagnez de l’argent avec vos images ! » c’est la conclusion que met en avant le site Voici.fr sur sa page d’accueil.
Ici, l’idée n’est pas de « faire passer l’info lorsqu’elle vous tombe dessus par hasard » mais bel et bien de traquer la star. Il n’est plus question de relater un fait mais de chercher le scoop, le sensationnel, le croustillant. Là vous n’êtes plus, le temps d’un instant, un témoin mais on vous pousse à vous introduire dans la vie privée des vedettes. Le participatif dérape ! Si nous passons sur l’aspect idéologique de cette démarche, nous pouvons nous interroger sur le côté lucratif de ce genre de proposition. Car non seulement vous allez vendre votre âme au diable mais pour des clopinettes ! Voici.fr vous propose en effet 10 euros par photo ! Quel geste ! Quand on connait les prix astronomiques qui sont pratiqués pour certains clichés, c’est à mourir de rire… et de honte pour ceux et celles qui participent. Car si vous avez photographié l’accouchement des jumelles d’Angelina et de Brad Pitt cet été, ce cliché vous aurait rapporté 15 millions de dollars pour le magazine « People » ou « OK ». C’est étrange ces écarts de prix non ?
Du côté obscur, tu ne sombreras pas…
Pourtant, l’idée de départ était somme toute louable : Nous sommes tous témoins de faits d’actualité que nous pouvons diffuser ! C’est la définition même du « citizen journalist ». Oui mais voilà, qui va pouvoir vérifier la véracité et la pertinence de ces clichés pris par des non-professionnels ? Dans ce genre de contexte, il est donc encore une fois nécessaire qu’une entité puisse se porter garante des contenus et établir des règles précises quant à leur utilisation. C’est ce que l’AFP, l’Agence France Presse décide en 2007, lorsqu’elle prend une participation minoritaire dans le site Citizenside (ex-Scooplive). Le journalisme citoyen vient d’acquérir en quelque sorte ses lettres de noblesses. Certains diront d’ailleurs que ce terme de « journaliste citoyen » n’est qu’une version moderne des anciens « correspondants de presse » qui existent depuis des années, notamment dans la PQR. Quel que soit le mot employé, il est en effet nécessaire et normal d’apporter un cadre légal à ces pratiques mais également un minimum de respect : le respect des droits d’auteurs, le respect des droits à l’image, le respect de la vie privée, le respect quant à la rémunération des auteurs,…
Heureusement, le cas de Voici reste en marge et les « citoyens » que nous sommes arrivons à faire la part des choses. Et si tout est parfaitement bien encadré, le journalisme citoyen peut nous procurer de belles histoires comme celle par exemple de Hughes Léglise-Bataille qui est devenu un modèle de journaliste citoyen. Une reconnaissance acquise grâce à son talent qui l’a conduit récemment à finalement en faire son métier.
Alors continuons à être participatif … Mais avec un “good spirit”.
Crédit Photo : Lucille














